Football français en crise : pourquoi l’OM, l’OL et d’autres clubs doivent réduire leurs dépenses

Pendant des années, les grands clubs français ont tenté de rester compétitifs face à une Premier League toujours plus riche et à des géants européens disposant de revenus considérables.

Mais en 2026, la réalité économique rattrape une partie de la Ligue 1.

L’Olympique de Marseille et l’Olympique Lyonnais en sont les exemples les plus visibles. Deux clubs historiques, deux modèles différents, mais une même nécessité : réduire les coûts et retrouver un équilibre financier.

Et derrière eux, c’est une grande partie du modèle économique du football français qui est aujourd’hui remise en question.

📺 Le problème numéro 1 : l’effondrement des revenus TV

Pour comprendre la situation, il faut commencer par un chiffre.

Pour la saison 2026-2027, le football français devrait générer environ 412 M€ de recettes audiovisuelles brutes.

Mais après les différents prélèvements, charges et mécanismes de solidarité, seulement 184 M€ environ devraient finalement être distribués aux 18 clubs de Ligue 1.

La comparaison européenne est brutale.

La Premier League bénéficie d’un contrat domestique d’environ 6,75 milliards de livres sur quatre saisons, soit autour de 1,7 milliard de livres par saison.

Les clubs français doivent donc affronter les mêmes concurrents sur le marché des joueurs avec des revenus audiovisuels incomparablement plus faibles.

Et lorsqu’un club construit son budget en anticipant des revenus européens ou des ventes importantes, le risque devient considérable.


🔵⚪ OM : plus de 100 M€ de pertes

Le cas de Marseille est particulièrement révélateur.

Les comptes arrêtés au 30 juin 2025 font apparaître une perte nette de 104,8 M€, un niveau inédit pour l’OM.

Les revenus hors transferts avaient chuté de 34 %, notamment en raison de l’absence de compétition européenne.

Dans le même temps, la masse salariale charges comprises atteignait environ 153,7 M€.

Autrement dit, l’OM avait construit une structure de coûts nécessitant des revenus très importants pour rester équilibrée.

L’Europe, et particulièrement la Ligue des champions, n’était plus seulement un objectif sportif.

Elle devenait une nécessité économique.

Cette dépendance est dangereuse car une qualification européenne reste, par définition, incertaine.

L’UEFA et la DNCG ont fini par intervenir

La situation n’est plus seulement théorique.

L’UEFA a confirmé que Marseille n’avait pas respecté l’objectif final de son accord financier pour la saison 2025-2026, notamment concernant la règle relative aux résultats du football. L’instance européenne souligne également l’effondrement exceptionnel des revenus audiovisuels français.

En France, la DNCG a décidé d’encadrer la masse salariale de l’OM pour 2026-2027.

Cela explique en partie la cure d’austérité observée à Marseille.

Et elle peut être frustrante sportivement tout en étant nécessaire financièrement.


🔴🔵 Lyon : un problème encore plus profond

À Lyon, la situation est différente.

L’OL a énormément réduit ses dépenses, mais doit toujours absorber l’héritage financier des années précédentes.

Au 31 décembre 2025, Eagle Football Group affichait :

616,3 M€ de dettes financières, contre 517,9 M€ six mois auparavant.

Les capitaux propres étaient négatifs à hauteur de −347,9 M€.

Le résultat net du premier semestre atteignait −186,5 M€, même si une grande partie provenait de dépréciations de créances liées à l’ancienne structure Eagle Football.

Ces chiffres sont impressionnants.

Mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire.

Lyon a déjà commencé son redressement

Sur le fonctionnement quotidien du club, l’amélioration est spectaculaire.

L’EBE est passé de :

−46,1 M€ → −2,2 M€

en seulement un an.

La masse salariale semestrielle est également passée d’environ :

99,2 M€ → 60,4 M€

soit une réduction proche de 40 %.

L’OL montre donc quelque chose d’intéressant :

un club peut être encore extrêmement fragile financièrement tout en ayant déjà corrigé une grande partie de son modèle économique.

Le problème lyonnais se situe désormais surtout dans le poids du passé.


Trois années pour reconstruire l’OL

Et nous avons désormais une indication sur la durée du redressement.

Michael Gerlinger, directeur général de l’OL, a expliqué le 7 septembre qu’il faudrait au moins trois ans pour restructurer le club.

Il a également révélé que Lyon avait encore vendu pour près de 70 M€ de joueurs cet été, après environ 100 M€ l’année précédente.

Et il ne cache pas que l’OL devra probablement continuer à vendre.

La non-qualification en Ligue des champions face à Fenerbahçe a également représenté un manque à gagner estimé à environ 30 M€.

Encore une fois, nous retrouvons la même problématique :

un résultat sportif modifie immédiatement l’équation financière.


📊 Le football français est devenu vendeur

C’est probablement la conséquence la plus importante.

Lorsque les revenus récurrents diminuent, les joueurs deviennent une source de financement.

Former ou acheter un jeune joueur, le développer puis le revendre avec une plus-value devient presque indispensable.

Le mercato n’est alors plus seulement un outil permettant de construire une équipe.

Il devient une source de revenus.

Cela explique pourquoi les clubs français peuvent vendre énormément tout en donnant parfois l’impression de s’affaiblir sportivement.

Et c’est là que se crée un cercle potentiellement dangereux.

Moins de revenus → ventes de joueurs → effectifs affaiblis → résultats européens plus difficiles → moins de revenus → nouvelles ventes.


⚠️ Mais vendre n’est pas forcément mauvais

Il faut néanmoins éviter une conclusion trop simple.

Réduire une masse salariale ou vendre un joueur n’est pas nécessairement le signe d’une mauvaise gestion.

Cela peut même être exactement l’inverse.

Si un club dépense structurellement plus qu’il ne gagne, continuer à investir simplement pour préserver ses ambitions sportives ne fait que reporter le problème.

Lyon commence à démontrer qu’une réduction très importante des coûts peut rapprocher l’activité opérationnelle de l’équilibre.

Marseille tente désormais également de réduire son exposition financière.

Le véritable défi consiste donc à trouver le point d’équilibre entre austérité et compétitivité.


🎯 La Ligue des champions : une probabilité transformée en revenu certain

C’est probablement le point qui nous intéresse le plus chez FootProbability.

Un club peut espérer se qualifier pour la Ligue des champions.

Il peut construire un effectif capable d’y parvenir.

Il peut même avoir 70 % de chances d’atteindre son objectif.

Mais 70 % n’est jamais 100 %.

Pourtant, les salaires et les échéances financières devront être payés quoi qu’il arrive.

Construire un budget qui nécessite une qualification européenne revient donc à transformer un revenu probabiliste en dépense certaine.

Et lorsque le scénario défavorable se produit, le modèle économique se fragilise immédiatement.

L’OL vient précisément d’en faire l’expérience : son élimination en barrages de Ligue des champions lui aurait coûté environ 30 M€ de revenus potentiels.


Notre analyse FootProbability

Le football français ne manque pas nécessairement de grands clubs, de supporters ou de talents.

Il manque aujourd’hui surtout de revenus récurrents suffisamment importants et prévisibles pour soutenir les niveaux de dépenses auxquels certains clubs s’étaient habitués.

L’OM doit réduire son train de vie.

Lyon doit réparer plusieurs années de déséquilibres tout en continuant à vendre.

D’autres clubs, dont Monaco, voient également leur masse salariale encadrée par la DNCG.

La période actuelle pourrait donc marquer un changement profond du modèle français :

moins acheter, mieux recruter, former davantage et vendre au bon moment.

C’est douloureux à court terme.

Mais cela peut aussi produire des clubs financièrement beaucoup plus solides.

Car il existe finalement une règle commune entre les paris sportifs et la gestion d’un club :

On peut prendre un risque sur une probabilité. On ne devrait jamais construire sa survie financière comme si cette probabilité était une certitude.

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